La France est en boulimie culturelle comme jamais. Le Louvre bat ses records de fréquentation, des musées naissent ou renaissent, ( la pinacothèque de Paris, le musée Champollion à Figeac, celui d'histoire naturelle au Havre, sans parler de la Cité de l'architecture et du patrimoine qui ouvre totalement son incroyable espace au public).

Les stars de la rentrée s'appellent Arcimboldo, exposé au musée du Luxembourg, ou Gustave Courbet, attendu à Orsay. Les galeries d'art contemporain ont une programmation audacieuse et la FIAC est devenue un rendez-vous attendu. Cet été, Saint-Tropez et le domaine Pommery ont organisé des manifestations d'art contemporain d'un formidable niveau et permettent de découvrir les craillères de Pommery comme la citadelle de Saint Tropez. Lyon prépare sa biennale avec une programmation originale et le Printemps des Arts à Toulouse s'apprête à perturber toute la ville avec intelligence.

Le baiser indigeste, indécent et irresponsable sur la toile de Twombly d'une artiste auto-proclamée ne doit pas faire oublier que la collection privée d'Yvon Lambert, prêtée à la région pour être exposée à l'hôtel de Caumont, est à contempler goulûment. Ce baiser déposé avec désinvolture sur la toile d'un artiste est une privation de jouissance de la toile pour les autres spectateurs puisque celle-ci ne peut plus être exposée. L'histoire de l'art est faite d'emprunts, de détournements, de re créations. Combien d'artistes ont avoué leur fascination pour une œuvre en s'en emparant ? Velasquez a fait transpirer Picasso qui a lui-même inspiré bien d'autres Guernica. La Joconde a été moquée, détournée, mais l'original n'a jamais été dégradé. Ce qu'a fait cette jeune femme à Avignon est un acte nombriliste, égocentrique, agressif et mutilant dont je ne suis pas certain de la spontanéïté. S'il faut davantage encore protéger les œuvres d'actes de dépravations, si les musées deviennent des Alcatraz, le plaisir de s'y promener risque fortement d'être écorné. Ce baiser est une insulte à l'art, un acte de mépris pour le public. Il n'est pas un acte sympathique et léger comme semble le penser de son acte l'auteur de ce baiser de mante religieuse. C'est un acte grave qui, heureusement, n'entrera pas dans l'histoire de l'art, pas plus, sans doute, que les prétendues créations de cette "artiste" dont personne n'a pu admirer les œuvres jusqu'à présent. Peut-être attend-elle qu'une marque de cosmétiques la sponsorise avant de se mettre à peindre à coup de rouges à lèvres et de brosses à mascara - et peut-être estime-t-elle même que "c'est parce qu'elle "le vaut bien"...

De tout cela j'espère pouvoir vous parler plus longuement. Pour l'instant c'est l'émission de Laurent Ruquier, un formidable défi, qui m'occupe. Nous allons tenter d'inviter l'art à un horaire dont l'enjeu d'audience est immense. L'aventure commence. Elle sera faite de tentatives, d'ébauches, sans doute d'erreurs. J'espère qu'au bout du compte l'art trouvera sa place et j'en serai le plus heureux du monde car partager sa passion pour l'art et les artistes est un immense privilège. à un autre jour. Daniel